Climat : la viticulture plonge dans l’inquiétude et l’incertitude
Au domaine de Bois Mozé, situé à Coutures (49), Benoit Hérault, maître de chai, se bat
chaque année face au changement climatique. La chaleur, les fortes pluies et même le
gel rendent difficile la production et les récoltes des vignobles. A 56 ans, son inquiétude
augmente alors qu’il s’obstine à trouver des solutions face aux aléas climatiques.
Face aux changements drastiques de la météo, la viticulture est frappée de plein fouet.
Des problèmes de taille que les domaines viticoles tentent d’apaiser du mieux qu’ils
peuvent. De potentielles solutions se développent, mais les résultats sont peu
convaincants. Benoit persiste encore à maintenir une production bio de qualité, mais à
quel prix ?
Quelles sont vos missions au sein du domaine de Bois Mozé ?
“Je suis à la fois maître de chai, co-gérant et responsable technique du domaine. Cela
fait 16 ans que je suis à Bois Mozé. Je m’occupe de la collecte des vins, de la clientèle
professionnelle et je supervise la culture du domaine.”
Quels types de vin produisez-vous ?
“Nous avons 37 hectares. Depuis 2014, nous produisons du vin en agriculture bio via le
label “Terra Vitis”. Une partie de nos vins sont sans sulfite et sans filtration. Nous
vendons des bouteilles reconnues comme les Anjous Blanc et Rouge, le Crémant de
Loire, le Coteaux de l’Aubance et le Cabernet d’Anjou Rosé. Nous traitons les vignes
seulement avec des produits issus de matières naturelles.”
Quel est votre ressenti concernant le climat sur votre métier ?
“En 2022, je disais encore le terme de réchauffement. Aujourd’hui, c’est plutôt un
bouleversement climatique. On a tout en excès : pluie, chaleur, grêle, vent. On travaille
avec la nature au quotidien, et on s’aperçoit que cela devient compliqué. Quand j’ai
commencé dans la viticulture à 20 ans, on avait encore des saisons. Désormais, on en a
quasiment plus.”
Quels phénomènes climatiques combattez-vous le plus souvent ces dernières années ?
“Il y a 3 ans, j’aurai dit la chaleur. On s’est posé la question d’implanter des cépages
venant du Sud, comme le Syrah. Mais en 2023 et 2024, le temps était très humide. La
pluie nous pose des soucis dans la gestion des maladies viticoles. En 2022, on a effectué
des semis que l’on a roulé en paillage pour conserver l’humidité. Les deux années
suivantes, on a laissé pousser l’herbe dans les vignes pour lutter contre cette humidité.
Il faut s’adapter à cette météo difficile. Quel que soit le cépage, les choses ne
changeront probablement pas.”
Avez-vous des moyens de lutter face aux canicules ?
“Tous les 50 mètres, on met une rangée d’arbres. Sur un ilot de 35 hectares de vignes,
on a planté plus de 1500 arbres depuis 2020. On ramène du vivant, on laisse pousser. Ça
ne fait pas joli, mais on espère que nous obtiendrons un résultat. Les cépages plus
résistants à la chaleur comme en Corse ou en Espagne sont peut-être une solution, mais
ils sont alcooleux, et c’est ce qu’on ne veut pas.”
L’humidité engendre-t-elle des conséquences sur votre production de vin ?
“Les deux dernières années ont été très compliquées. En septembre 2023, on a eu un
temps tropical. Il y a avait de la condensation sur le plafond du caveau, je n’avais jamais
vu ça. La mouche asiatique a fait son apparition dans nos vignes qui ont engendré de la
piqûre acétique. Des nuages de moucherons piquaient les raisins. Les grappes sont
devenues vinaigres. Durant les vendanges, on a jeté jusqu’à 30% de notre récolte. Cela
évoluait tellement vite qu’il aurait fallu vendanger 37 hectares en une semaine, ce qui
est impossible. En 2024, les champignons Mildiou et Oïdium ont impacté gravement nos
récoltes, en se développant avec la chaleur et l’humidité. Les grappes étaient prises
avant même les feuillages. Avec notre culture bio, les problèmes sont d’autant plus
graves.”
Observez-vous cependant une baisse des gelées ?
“Non, on a de plus en plus de gel. Aujourd’hui, on peut avoir des gelées printanières de
plus en plus fréquentes. On met en place des éoliennes pour brasser l’air. Certains
utilisent aussi des bougies qui coûtent entre 2000 à 5000 € l’hectare et ne protègent que
4 nuits.”
A Bois Mozé, avez-vous pris des mesures face à ces aléas climatiques ?
“On a réinvesti dans du matériel pour intervenir rapidement dans les 24h après les fortes
pluies. On cherche des plantations où on n’a pas besoin de traiter, mais la qualité de vin
est médiocre. Bientôt, nous allons arracher des vignes pour produire moins, afin de
mieux valoriser nos bouteilles. S’il y avait des solutions efficaces, tout le monde les
ferait.”
Etes-vous optimiste concernant l’avenir ?
“La nature est difficile. Je suis inquiet pour le personnel. On doit toujours innover. On a
fait développer l’œnotourisme. Les gens vont plus vers le bio, ils sont sensibles à
l’environnement. On essaye d’innover mais c’est dur. Jusqu’où va-t-il falloir aller pour
vivre de notre métier ? J’ai 56 ans, et chercher des solutions constamment, c’est difficile.
On se demande si on ne va pas être à court d’idée.”